Bonjour Cathodeparisi,
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Si je comprends bien, Rerum novarum serait discutable en raison de son caractère "pastoral" - mais alors doit-on aussi attribuer le même caractère "discutable" à la doctrine qui fonde la "pastorale" envisagée par Rerum novarum?
Peu importe... il me semble qu'accorder un privilége de "non-discutabilité" au magistère définitoire et de le refuser au magistère ordinaire revient à accorder une plus grande valeur à la vérité formelle - et à en accorder une moindre à la vérité objective : c'est très exactement ce que font... tous les modernes.
Au fond, en récusant l'autorité de Rerum novarum au titre de son caractère "pastoral" et parce qu'il est seulement un acte du magistère pontifical ordinaire, en soi non infaillible, on participe d'un phénomène très curieux : d'une part surestimation de l’organe magistériel accompagnée, d'autre part, d'une sous-estimation du dépôt objectif de la vérité.
En clair, on accorde une importance exagérée au titre juridique d’autorité de Rerum novarum et une moindre importance au contenu de Rerum novarum lui-même. Alors même que pour un catholique, le caractère d'autorité de Rerum novarum devrait être lié, naturellement, à l'enseignement d’une doctrine déjà en possession de l’Eglise - qu'il convient donc de reconnaître.
Allons plus loin, réduire l’attitude d’accueil docile et sincère au plan de l'assentiment requis, à la seule obéissance religieuse de la volonté et de l’intelligence serait tout aussi contestable.
D'abord parce que l’accueil docile et sincère en question correspond à un comportement très général qui implique et suppose un discernement effectif de ce qu'est la volonté exact du magistère, et que ce discernement s’opère uniquement et seulement à partir des normes de l’interprétation théologique et jamais à partir d'opinions personnelles et d'idées "dans le vent".
Ensuite parce que même le magistère non définitoire peut requérir l'adhésion de la foi.
En dernier lieu, parce que l’obéissance religieuse de la volonté et de l’intelligence ne peut pas être chose purement extérieure et disciplinaire, mais doit se situer dans la logique et sous la mouvance de l’obéissance de la foi. Ce qu'explique, expose et administre avec une remarquable clarté saint Thomas d'Aquin dans la Somme de théologie.
En conséquence, affirmer que Rerum novarum serait un document discutable parce que "pastoral" est le propre d'une attitude non seulement discutable en général, mais indiscutablement très curieuse de la part d'un théologien catholique en particulier. Mais il est vrai aussi que nombre de "théologiens catholiques" contemporains, sans parler des simples fidèles, semble ignorer tout celà. Regrettable, mais pas forcément surprenant...
Amitiés.
Virgile.